Emeutes : les jeunes ne doivent pas être les grands oubliés des projets politiques

Ce texte a été initialement publié dans les pages Idées de lemonde.fr

Les récents événements de Londres mettent la situation des jeunes en débat. Et comme d’habitude, on est surpris par les taux d’inactivité et de chômage importants, les intégrations sociales difficiles et plus globalement les filets de sécurité rares voire inexistants. Plus graves, les inégalités sociales, spatiales et générationnelles se développent. C’est là l’une des explications majeures de l’explosion. Faire le parallèle avec la situation française entraîne inévitablement des critiques sur le mode : « Les histoires sont différentes », « les réalités éloignées » et finalement « les situations incomparables ». Les chiffres sont pourtant têtus et dans les deux cas, les inégalités entre générations et entre quartiers augmentent à mesure que recule l’Etat-providence et qu’avance l’ultralibéralisme, des deux côtés de la Manche.

Comme la plupart des personnes qui ne sont pas au cœur de l’emploi, les jeunes sont des outsiders du marché du travail. N’étant pas bien intégrés, ils ne bénéficient pas des mêmes protections que les principaux actifs. Ce sont donc les plus fragiles et les premières victimes de la crise. De cette dernière comme des précédentes. Et ce depuis trente ans. Leur taux de pauvreté a doublé sur la période et il n’y a plus une rentrée sans que le Secours populaire français, par exemple, ne rappelle l’accroissement des plus jeunes parmi les bénéficiaires de son action. C’est désormais devenu un marronnier dans les rédactions. Triste constat.

On attendrait d’un Etat solidaire qu’il vienne contrecarrer cette logique et qu’il s’intéresse aux populations les plus en difficulté. Ce n’est pas le cas pour les nouvelles générations. Ou plutôt, disons que notre pays a préféré depuis le début des années quatre-vingt empiler des dispositifs dont les points communs sont qu’ils ont toujours été ciblés sur les jeunes les plus en difficulté et toujours moins favorables que le droit commun. Comme si ceux-ci, bien que majeurs, avaient des droits sociaux réduits. Dernier exemple en date, le RSA, resté longtemps inaccessible aux 18-25 ans, et désormais ouvert à des conditions plus restrictives et telles que bien peu en bénéficie.

La plupart des observateurs sont d’accord avec le fait que des travaux d’utilité collective (TUC) aux contrat d’insertion dans la vie sociale (Civis) en passant par les stage d’insertion dans la vie professionnelle (SIVP) ou trajet d’accès à l’emploi (Trace), l’action publique n’a pas atteint sa cible. Les jeunes dans leur ensemble ont donc été parmi les moins accompagnés dans la galère alors même qu’ils ont été de plus en plus nombreux à vivre l’expérience du chômage, des stages non rémunérés, de la précarité.

Conséquence immédiate : si la solidarité nationale n’a rien fait alors ce sont les solidarités privées, et donc les familles, qui se sont retrouvées en première ligne. Les inégalités de naissance n’ont donc pas pu être combattues. Pire, elles se sont accrues. Ajoutons à cela que désormais les nouveaux entrants sont pour certains des enfants d’adultes étant eux-mêmes depuis longtemps au chômage et vous obtenez les ingrédients de l’explosion. Alors, pourquoi les jeunes n’accèdent-ils pas au droit commun ? Pour une raison simple et idéologique, partagée tant à droite qu’à gauche : il n’est pas imaginable de débuter dans la vie avec des revenus de l’assistance.

N’est-il pas temps aujourd’hui de dépasser ce cliché et de proposer que les valeurs défendues pour les uns, l’autonomie par exemple pour les plus âgés, puisse se conjuguer quelque soient les âges, et notamment au présent pour les plus jeunes ? La crise actuelle est une occasion pour nous d’inventer un filet de sécurité pour tous. Dans cette perspective, seul l’âge, et donc celui de la majorité, peut déterminer l’entrée dans ce droit. Le droit commun aurait le triple avantage de rappeler que la majorité est bien à 18 ans, que tous les adultes ont les mêmes droits et éviterait de stigmatiser les plus en difficulté. Il permettrait aussi à la société de dire sa confiance en les nouvelles générations et de les accompagner dans une nouvelle perspective.

Alors que le débat sur la dépendance des plus âgés va être au cœur de la rentrée, il ne faudrait pas qu’après celui des retraites, les jeunes soient de nouveau les grands oubliés du projet politique.

Mikaël Garnier-Lavalley, responsable associatif, est co-auteur de Dix raisons d’aimer (ou pas) l’éducation populaire (Les éditions de l’Atelier, 2010) et Salauds de jeunes (Robert Laffont, 2006).

Retrouvez ce texte sur le site lemonde.fr
http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/08/16/emeutes-les-jeunes-ne-doivent-pas-etre-les-grands-oublies-des-projets-politiques_1559943_3232.html

Photo FilckR CC par Beacon Radio

100% éduc pop et un peu plus encore

Le Cnajep lance ce matin une campagne intitulée 100% éduc’pop’, avec deux slogans au choix : « Fabrique de lien social » ou « agitateur de citoyenneté ». I love éduc pop soutient évidemment cette initiative qui s’inscrit dans la promotion de l’éducation populaire. Mikael Garnier-Lavalley, co-président du Cnajep, répond à nos questions.

On ne s’attendait pas à ce que le Cnajep lance une campagne de promotion de l’éducation populaire, c’est nouveau ?

Mikael Garnier-Lavalley : Faire la promotion de l’éducation populaire, n’est pas nouveau. Pour nous, cela fait 43 ans que ça dure puisque le Cnajep a été créé en 1968. C’est peut-être la forme que nous avons décidée de lui donner qui change. Nous voulons replacer l’éducation populaire dans la vie de tous les jours et rappeler qu’elle participe à la transformation de la vie de nombreux hommes, femmes, enfants, jeunes par les démarches qu’elle engage, les actions qu’elle mène et les implications qu’elle suscite. On a trop souvent l’impression que toutes les initiatives en direction de la population viennent de la puissance publique. Nous sommes là pour rappeler que l’initiative associative y est pour beaucoup et

 

l’éducation populaire plus souvent encore. Nous souhaitons illustrer concrètement ce qu’est l’éducation populaire, sa diversité et ses implantations territoriales.

Vue la forme, notamment financière, des mouvement d’éduc’ pop’, il aurait fallu être plus incisif, non ?

Mikael Garnier-Lavalley : Si par être plus incisif, vous entendez qu’il fallait dénoncer la réduction des financements publics ou l’instrumentalisation des pouvoirs publics, nous n’avons pas besoin d’une campagne pour cela. Cela fait d’ailleurs partie de nos constantes depuis longtemps. Dans les locaux du Cnajep, nous avons une affiche du début des 70’s qui dénonce le danger lié aux réductions du Xe plan. Il nous a semblé plus utile de privilégier une approche globale de mise en valeur de nos actions pour que chacun et chacune se rende compte de l’importance de l’éducation populaire. Notre action vise à s’inscrire dans le temps et à mesure que nous approcherons des élections présidentielle et législatives, il sera temps de mettre sur la table nos propositions et ce que nous attendons d’une politique digne de ce nom.

Vous en attendez quoi de cette campagne ?

Mikael Garnier-Lavalley : Qu’elle permette au plus grand nombre de comprendre ce qu’est l’éducation populaire et son importance dans leurs vies. Que les médias s’y intéressent davantage et mettent en valeur nos actions. Et surtout que nos 73 associations et 22 comité régionaux (les Crajep) se sentent porteurs d’un projet commun, né il y a plus de deux siècles et qui montre chaque jour sa modernité. Il place l’humain au coeur de son action et privilégie la coopération à la compétition. Cela s’exprime avec des nuances selon les mouvements, les territoires et les époques mais les fondamentaux sont constants. Soyons en fiers !

Question Bonus : le Cnajep, il est 100% éduc pop ?

Mikael Garnier-Lavalley : Le 100% c’est un clin d’oeil car on voit mal qui peut dire ce qui est ou pas de l’éducation populaire. Sauf à rentrer dans des débats interminables sur les purs et les impurs. Ce sont les promoteurs des actions qui s’en réclament ou pas. L’histoire récente nous montre que nombreux sont celles et ceux qui ne connaissent pas l’origine de l’action qu’ils mènent ou des méthodes qu’ils utilisent. La campagne vise aussi à leur rappeler que l’éduc’ pop’ n’est jamais très loin…

France Inter nous donne la parole

Rendez-vous lundi prochain, le 11 avril, à partir de 10h05 pour l’émission d’Isabelle Giordano « Service public« .

Consacré à « Pourquoi faut-il favoriser l’éducation populaire ? », l’émission donne la parole au téléphone à Mikaël vers 10h15 pour expliquer notre vision de l’éducation populaire, ses défis et toute son actualité. L’occasion de présenter la démarche d’I love éduc pop et notre livre « Dix raisons d’aimer (ou pas) l’éducation populaire » que l’animatrice semble avoir particulièrement apprécié. Le reste de l’émission explore notamment les Universités populaire et les problématiques que peuvent rencontrer les acteurs de l’éducation populaire en particulier la RGPP (Révision Générale des Politiques Publiques) à laquelle nous avions consacré deux articles que vous pouvez retrouver ici et .

Juste après l’émission, vous devriez pouvoir la podcaster ou la réécouter en ligne.

Mis à jour le 11 avril : vous pouvez écouter l’émission sur le site de Radio France.

Merci à toute l’équipe d’Isabelle Giordano pour nous donner la parole, espérons que cela donne des idées à d’autres journalistes.

Venez débattre à Lyon Vendredi 14 janvier

Quelle place pour l’éducation populaire en 2011 ?

Une belle question pour engager un débat vendredi 14 janvier à Lyon.

Quoi de commun entre Act Up, la Jeunesse Ouvrière Chrétienne (JOC), les Maisons des Jeunes et de la Culture (MJC), ATTAC, ou encore le Réseau Education Sans Frontière (RESF) ? Pas grand chose si l’on s’arrête à leurs domaines d’intervention respectifs. Le fil qui relie ces associations ou mouvements et beaucoup d’autres se situe ailleurs : ils s’inscrivent dans la tradition de l’éducation populaire.

Cette vieille idée (on situe sa naissance en 1793, quand Condorcet défendit devant l’assemblée nationale l’importance d’une éducation pour le peuple tout au long de la vie pour assurer une plus grande égalité de tous les citoyens), un peu tombée en désuétude ces dernières années, semble retrouver quelques couleurs… La suite est sur La présentation du débat.

Vendredi 14 janvier 2011 de 19h à 22h
à l’Espace 101 101 boulevard des Etats Unis– 69008 Lyon

avec notamment :

  • Jean Luc Cipière, Fondateur d’ATTAC Rhône et de Formation Action Citoyennes
  • Laurent Veillard, Enseignant-Chercheur en Sciences de l’éducation, Université Lyon 2
  • Mikaël Garnier-Lavalley, co-auteur de l’ouvrage « Dix raisons d’aimer (ou pas) l’éducation populaire » Les éditions de l’atelier – 2010

Venez nombreux !

Télécharger l’invitation du débat