Clémentine Autain fait la promo de l’éduc pop

Sur France culture ce matin, Clémentine Autain a parlé d’éducation populaire dans le cadre de sa chronique hebdomadaire. Prenant appui sur la campagne lancée par le Cnajep autour de 100% éduc’ pop’, elle a rappelé en conclusion sa contribution à notre livre collectif « I love éduc pop, dix raisons d’aimer (ou pas) l’éducation populaire ».

Vous pouvez écouter  cette chronique [audio:http://www.iloveeducpop.fr/wp-content/uploads/2011/06/Chronique-de-Clémentine-Autain-30.06.2011.mp3|titles=Chronique de Clémentine Autain 30.06.2011]

Et si cela vous intéresse, vous pouvez retrouver sa contribution dans « I love éduc pop, dix raisons d’aimer ou pas l’éducation populaire »

I love educ’ pop’ – Chronique France Culture de Clémentine Autain du 30 juin 2011

Les associations de jeunesse et d’éducation populaire ont décidé de faire parler d’elles. Une campagne de promotion, labellisée « 100% éduc pop’ – fabrique de lien social », a été lancée il y a quelques jours via les réseaux sociaux. Son but : rappeler à chacun que l’éducation populaire nourrit nos vies et nos envies. Un spot vidéo invite à trouver quel est le lien entre un centre de loisir sur la côte vendéenne, un conseil de jeunes à Mulhouse, un cinéclub en milieu rural, une action d’alphabétisation au Havre et un repas de quartier à Fort-de-France. Le lien ? C’est qu’il s’agit d’actions d’éducation populaire.

Alors, c’est vrai, le terme a pris un coup de vieux : dans nos représentations, il sonne un peu d’un autre temps et s’avère souvent mal compris, comme s’il était question de dire au peuple ce qu’il doit faire ou penser. Or, c’est une toute autre démarche : il s’agit de permettre au peuple de s’émanciper, c’est-à-dire de trouver en lui-même les ressources pour apprendre à lire le monde et à agir sur lui. Et en réalité, c’est un concept d’une modernité étonnante. A l’heure où l’on recherche les voix d’une démocratie renouvelée, d’une implication populaire pour mieux vivre ensemble, cette idée d’éducation populaire me paraît particulièrement féconde. « Instruire pour révolter » : c’était la formule de Fernand Pelloutier sous la troisième République faisant écho aux discours de Condorcet un siècle plus tôt. Car voilà, le creuset de l’éducation populaire fut bel et bien le mouvement ouvrier. L’héritage se situe du côté de la contestation radicale.

L’âge d’or de l’éducation populaire a démarré avec Léo Lagrange, ministre du Front populaire, et s’est développé après-guerre, avec l’essor notamment d’activités complémentaires de l’école et de grandes fédérations – c’est par exemple, la Ligue de l’enseignement ou la Confédération des MJC. La professionnalisation des acteurs de l’éducation populaire, qui s’est imposée depuis les années 1980, fut d’abord incontestablement une bonne chose. Mais il y a eu un effet pervers : cela a encouragé des logiques consuméristes… En gros, les grandes fédérations répondent désormais massivement aux appels d’offre des collectivités territoriales. Ce travail est chronophage et a de fait modifier les comportements associatifs, incitant à répondre aux demandes des citoyens plus comme des consommateurs que des acteurs de loisirs. Dans le même temps, comme le climat politique à gauche n’a pas emporté l’enthousiasme pendant un certain nombre d’années, l’émulation intellectuelle collective a fait défaut. Autrement dit, les années 1968 étaient plus propices à l’imagination et à l’expérimentation hors normes. Depuis, l’éducation populaire s’est pour une part dépolitisée. Or nous avons besoin que des lieux en dehors de l’école favorise un travail d’émancipation individuelle et collective.

Par la rencontre, le voyage, la pratique d’un art, l’intervention collective sur un territoire ou un sujet, l’intelligence se forge, se nourrit. L’expérience partagée créée du lien, là où la société capitaliste fragmente et divise. La pratique de l’éducation populaire vise à donner au plus grand nombre, et singulièrement aux vaincus du système, des outils d’intelligibilité du monde et des moyens d’intervenir sur leur environnement. Là peuvent être tentées d’autres formes d’apprentissage, échappant au classique rapport maître/élève et aux normes de l’institution. L’éducation populaire, c’est le lieu de la valorisation des savoirs de chacun et de l’expérimentation subversive. C’est le pari de l’intelligence du peuple. Comme le disait Raoul Vanegheim, « la créativité est par essence révolutionnaire ». Des acteurs de l’éducation populaire tentent au quotidien d’apporter des réponses, de conserver le souffle de cet état d’esprit.

L’année dernière, j’avais participé avec quelques jeunes responsables associatifs à l’écriture d’un livre collectif, un peu de type manifeste, qui s’appelait I love éduc pop. 10 raisons d’aimer (ou pas) l’éducation populaire. J’avais juste envie ce matin de vous dire qu’il existe autour de ce concept et ces pratiques un vivier, un potentiel immense pour changer nos vies.

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Photo : Photothèque du Mouvement social

 

 

 

100% éduc pop et un peu plus encore

Le Cnajep lance ce matin une campagne intitulée 100% éduc’pop’, avec deux slogans au choix : « Fabrique de lien social » ou « agitateur de citoyenneté ». I love éduc pop soutient évidemment cette initiative qui s’inscrit dans la promotion de l’éducation populaire. Mikael Garnier-Lavalley, co-président du Cnajep, répond à nos questions.

On ne s’attendait pas à ce que le Cnajep lance une campagne de promotion de l’éducation populaire, c’est nouveau ?

Mikael Garnier-Lavalley : Faire la promotion de l’éducation populaire, n’est pas nouveau. Pour nous, cela fait 43 ans que ça dure puisque le Cnajep a été créé en 1968. C’est peut-être la forme que nous avons décidée de lui donner qui change. Nous voulons replacer l’éducation populaire dans la vie de tous les jours et rappeler qu’elle participe à la transformation de la vie de nombreux hommes, femmes, enfants, jeunes par les démarches qu’elle engage, les actions qu’elle mène et les implications qu’elle suscite. On a trop souvent l’impression que toutes les initiatives en direction de la population viennent de la puissance publique. Nous sommes là pour rappeler que l’initiative associative y est pour beaucoup et

 

l’éducation populaire plus souvent encore. Nous souhaitons illustrer concrètement ce qu’est l’éducation populaire, sa diversité et ses implantations territoriales.

Vue la forme, notamment financière, des mouvement d’éduc’ pop’, il aurait fallu être plus incisif, non ?

Mikael Garnier-Lavalley : Si par être plus incisif, vous entendez qu’il fallait dénoncer la réduction des financements publics ou l’instrumentalisation des pouvoirs publics, nous n’avons pas besoin d’une campagne pour cela. Cela fait d’ailleurs partie de nos constantes depuis longtemps. Dans les locaux du Cnajep, nous avons une affiche du début des 70’s qui dénonce le danger lié aux réductions du Xe plan. Il nous a semblé plus utile de privilégier une approche globale de mise en valeur de nos actions pour que chacun et chacune se rende compte de l’importance de l’éducation populaire. Notre action vise à s’inscrire dans le temps et à mesure que nous approcherons des élections présidentielle et législatives, il sera temps de mettre sur la table nos propositions et ce que nous attendons d’une politique digne de ce nom.

Vous en attendez quoi de cette campagne ?

Mikael Garnier-Lavalley : Qu’elle permette au plus grand nombre de comprendre ce qu’est l’éducation populaire et son importance dans leurs vies. Que les médias s’y intéressent davantage et mettent en valeur nos actions. Et surtout que nos 73 associations et 22 comité régionaux (les Crajep) se sentent porteurs d’un projet commun, né il y a plus de deux siècles et qui montre chaque jour sa modernité. Il place l’humain au coeur de son action et privilégie la coopération à la compétition. Cela s’exprime avec des nuances selon les mouvements, les territoires et les époques mais les fondamentaux sont constants. Soyons en fiers !

Question Bonus : le Cnajep, il est 100% éduc pop ?

Mikael Garnier-Lavalley : Le 100% c’est un clin d’oeil car on voit mal qui peut dire ce qui est ou pas de l’éducation populaire. Sauf à rentrer dans des débats interminables sur les purs et les impurs. Ce sont les promoteurs des actions qui s’en réclament ou pas. L’histoire récente nous montre que nombreux sont celles et ceux qui ne connaissent pas l’origine de l’action qu’ils mènent ou des méthodes qu’ils utilisent. La campagne vise aussi à leur rappeler que l’éduc’ pop’ n’est jamais très loin…