Amis journalistes : l’éducation n’est pas (que) l’école

Voilà, c’est reparti pour un tour. En cette belle rentrée tout le monde nous parle d’éducation. A force de pages spéciales et de dossiers dans les médias, l’école est en plein dans l’actu. Et on nous refait le coup des synonymes : école = éducation = école. En résumé : point de salut (éducatif) sans monde scolaire. C’est un peu rude mais relativement logique en ce grand jour pour nos milliers de têtes blondes, brunes et rouquine qui découvrent leurs nouvelles classes, leurs nouveaux enseignants. Le problème c’est que cela ne dure pas que le temps de la rentrée. Le reste de l’année, on ne va pas beaucoup plus loin.

Aussi, c’est peut-être le bon moment de rappeler que l’éducation est plurielle, que le temps libre est un espace d’éducation, que l’éducation populaire c’est formidable et bon sang de bon soir,  on peut réussir dans la vie quand on est nul à l’école.

Plus sérieusement, cette rentrée est aussi la rentrée de milliers de propositions pour les enfants et les jeunes mise en oeuvre par des milliers de professionnels et de bénévoles qui vise la découverte et la prise d’autonomie, par des pratiques sportives, culturelles, par les loisirs, le scoutisme etc. Bref que cette rentrée est aussi large que l’éducation et que ses acteurs sont nombreux et variés, partout sur le territoire.

A quelques mois des élections présidentielles, ce petit rappel s’adresse autant aux journalistes qu’aux hommes et femmes politiques. Si la partie Education de leur programme ressemble au supplément mensuel Education du journal Le Monde, ils auront beaucoup de mal à nous convaincre…

Photo : Photothèque du Mouvement social

 

 

 

Emeutes : les jeunes ne doivent pas être les grands oubliés des projets politiques

Ce texte a été initialement publié dans les pages Idées de lemonde.fr

Les récents événements de Londres mettent la situation des jeunes en débat. Et comme d’habitude, on est surpris par les taux d’inactivité et de chômage importants, les intégrations sociales difficiles et plus globalement les filets de sécurité rares voire inexistants. Plus graves, les inégalités sociales, spatiales et générationnelles se développent. C’est là l’une des explications majeures de l’explosion. Faire le parallèle avec la situation française entraîne inévitablement des critiques sur le mode : « Les histoires sont différentes », « les réalités éloignées » et finalement « les situations incomparables ». Les chiffres sont pourtant têtus et dans les deux cas, les inégalités entre générations et entre quartiers augmentent à mesure que recule l’Etat-providence et qu’avance l’ultralibéralisme, des deux côtés de la Manche.

Comme la plupart des personnes qui ne sont pas au cœur de l’emploi, les jeunes sont des outsiders du marché du travail. N’étant pas bien intégrés, ils ne bénéficient pas des mêmes protections que les principaux actifs. Ce sont donc les plus fragiles et les premières victimes de la crise. De cette dernière comme des précédentes. Et ce depuis trente ans. Leur taux de pauvreté a doublé sur la période et il n’y a plus une rentrée sans que le Secours populaire français, par exemple, ne rappelle l’accroissement des plus jeunes parmi les bénéficiaires de son action. C’est désormais devenu un marronnier dans les rédactions. Triste constat.

On attendrait d’un Etat solidaire qu’il vienne contrecarrer cette logique et qu’il s’intéresse aux populations les plus en difficulté. Ce n’est pas le cas pour les nouvelles générations. Ou plutôt, disons que notre pays a préféré depuis le début des années quatre-vingt empiler des dispositifs dont les points communs sont qu’ils ont toujours été ciblés sur les jeunes les plus en difficulté et toujours moins favorables que le droit commun. Comme si ceux-ci, bien que majeurs, avaient des droits sociaux réduits. Dernier exemple en date, le RSA, resté longtemps inaccessible aux 18-25 ans, et désormais ouvert à des conditions plus restrictives et telles que bien peu en bénéficie.

La plupart des observateurs sont d’accord avec le fait que des travaux d’utilité collective (TUC) aux contrat d’insertion dans la vie sociale (Civis) en passant par les stage d’insertion dans la vie professionnelle (SIVP) ou trajet d’accès à l’emploi (Trace), l’action publique n’a pas atteint sa cible. Les jeunes dans leur ensemble ont donc été parmi les moins accompagnés dans la galère alors même qu’ils ont été de plus en plus nombreux à vivre l’expérience du chômage, des stages non rémunérés, de la précarité.

Conséquence immédiate : si la solidarité nationale n’a rien fait alors ce sont les solidarités privées, et donc les familles, qui se sont retrouvées en première ligne. Les inégalités de naissance n’ont donc pas pu être combattues. Pire, elles se sont accrues. Ajoutons à cela que désormais les nouveaux entrants sont pour certains des enfants d’adultes étant eux-mêmes depuis longtemps au chômage et vous obtenez les ingrédients de l’explosion. Alors, pourquoi les jeunes n’accèdent-ils pas au droit commun ? Pour une raison simple et idéologique, partagée tant à droite qu’à gauche : il n’est pas imaginable de débuter dans la vie avec des revenus de l’assistance.

N’est-il pas temps aujourd’hui de dépasser ce cliché et de proposer que les valeurs défendues pour les uns, l’autonomie par exemple pour les plus âgés, puisse se conjuguer quelque soient les âges, et notamment au présent pour les plus jeunes ? La crise actuelle est une occasion pour nous d’inventer un filet de sécurité pour tous. Dans cette perspective, seul l’âge, et donc celui de la majorité, peut déterminer l’entrée dans ce droit. Le droit commun aurait le triple avantage de rappeler que la majorité est bien à 18 ans, que tous les adultes ont les mêmes droits et éviterait de stigmatiser les plus en difficulté. Il permettrait aussi à la société de dire sa confiance en les nouvelles générations et de les accompagner dans une nouvelle perspective.

Alors que le débat sur la dépendance des plus âgés va être au cœur de la rentrée, il ne faudrait pas qu’après celui des retraites, les jeunes soient de nouveau les grands oubliés du projet politique.

Mikaël Garnier-Lavalley, responsable associatif, est co-auteur de Dix raisons d’aimer (ou pas) l’éducation populaire (Les éditions de l’Atelier, 2010) et Salauds de jeunes (Robert Laffont, 2006).

Retrouvez ce texte sur le site lemonde.fr
http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/08/16/emeutes-les-jeunes-ne-doivent-pas-etre-les-grands-oublies-des-projets-politiques_1559943_3232.html

Photo FilckR CC par Beacon Radio

Ralentir, tout simplement !

C’est dans l’Indre que ça se passait ce week-end. Une action d’éclat, toute simple et rudement efficace avec des vrais morceaux de jeunes à l’intérieur. A découvrir et partager. Bravo !

C’est le MRJC qui est à l’origine de cette initiative qui s’est déroulée dans le cadre de son festival des Boussoles. Plus d’infos sur le site du MRJC

Clémentine Autain fait la promo de l’éduc pop

Sur France culture ce matin, Clémentine Autain a parlé d’éducation populaire dans le cadre de sa chronique hebdomadaire. Prenant appui sur la campagne lancée par le Cnajep autour de 100% éduc’ pop’, elle a rappelé en conclusion sa contribution à notre livre collectif « I love éduc pop, dix raisons d’aimer (ou pas) l’éducation populaire ».

Vous pouvez écouter  cette chronique [audio:http://www.iloveeducpop.fr/wp-content/uploads/2011/06/Chronique-de-Clémentine-Autain-30.06.2011.mp3|titles=Chronique de Clémentine Autain 30.06.2011]

Et si cela vous intéresse, vous pouvez retrouver sa contribution dans « I love éduc pop, dix raisons d’aimer ou pas l’éducation populaire »

I love educ’ pop’ – Chronique France Culture de Clémentine Autain du 30 juin 2011

Les associations de jeunesse et d’éducation populaire ont décidé de faire parler d’elles. Une campagne de promotion, labellisée « 100% éduc pop’ – fabrique de lien social », a été lancée il y a quelques jours via les réseaux sociaux. Son but : rappeler à chacun que l’éducation populaire nourrit nos vies et nos envies. Un spot vidéo invite à trouver quel est le lien entre un centre de loisir sur la côte vendéenne, un conseil de jeunes à Mulhouse, un cinéclub en milieu rural, une action d’alphabétisation au Havre et un repas de quartier à Fort-de-France. Le lien ? C’est qu’il s’agit d’actions d’éducation populaire.

Alors, c’est vrai, le terme a pris un coup de vieux : dans nos représentations, il sonne un peu d’un autre temps et s’avère souvent mal compris, comme s’il était question de dire au peuple ce qu’il doit faire ou penser. Or, c’est une toute autre démarche : il s’agit de permettre au peuple de s’émanciper, c’est-à-dire de trouver en lui-même les ressources pour apprendre à lire le monde et à agir sur lui. Et en réalité, c’est un concept d’une modernité étonnante. A l’heure où l’on recherche les voix d’une démocratie renouvelée, d’une implication populaire pour mieux vivre ensemble, cette idée d’éducation populaire me paraît particulièrement féconde. « Instruire pour révolter » : c’était la formule de Fernand Pelloutier sous la troisième République faisant écho aux discours de Condorcet un siècle plus tôt. Car voilà, le creuset de l’éducation populaire fut bel et bien le mouvement ouvrier. L’héritage se situe du côté de la contestation radicale.

L’âge d’or de l’éducation populaire a démarré avec Léo Lagrange, ministre du Front populaire, et s’est développé après-guerre, avec l’essor notamment d’activités complémentaires de l’école et de grandes fédérations – c’est par exemple, la Ligue de l’enseignement ou la Confédération des MJC. La professionnalisation des acteurs de l’éducation populaire, qui s’est imposée depuis les années 1980, fut d’abord incontestablement une bonne chose. Mais il y a eu un effet pervers : cela a encouragé des logiques consuméristes… En gros, les grandes fédérations répondent désormais massivement aux appels d’offre des collectivités territoriales. Ce travail est chronophage et a de fait modifier les comportements associatifs, incitant à répondre aux demandes des citoyens plus comme des consommateurs que des acteurs de loisirs. Dans le même temps, comme le climat politique à gauche n’a pas emporté l’enthousiasme pendant un certain nombre d’années, l’émulation intellectuelle collective a fait défaut. Autrement dit, les années 1968 étaient plus propices à l’imagination et à l’expérimentation hors normes. Depuis, l’éducation populaire s’est pour une part dépolitisée. Or nous avons besoin que des lieux en dehors de l’école favorise un travail d’émancipation individuelle et collective.

Par la rencontre, le voyage, la pratique d’un art, l’intervention collective sur un territoire ou un sujet, l’intelligence se forge, se nourrit. L’expérience partagée créée du lien, là où la société capitaliste fragmente et divise. La pratique de l’éducation populaire vise à donner au plus grand nombre, et singulièrement aux vaincus du système, des outils d’intelligibilité du monde et des moyens d’intervenir sur leur environnement. Là peuvent être tentées d’autres formes d’apprentissage, échappant au classique rapport maître/élève et aux normes de l’institution. L’éducation populaire, c’est le lieu de la valorisation des savoirs de chacun et de l’expérimentation subversive. C’est le pari de l’intelligence du peuple. Comme le disait Raoul Vanegheim, « la créativité est par essence révolutionnaire ». Des acteurs de l’éducation populaire tentent au quotidien d’apporter des réponses, de conserver le souffle de cet état d’esprit.

L’année dernière, j’avais participé avec quelques jeunes responsables associatifs à l’écriture d’un livre collectif, un peu de type manifeste, qui s’appelait I love éduc pop. 10 raisons d’aimer (ou pas) l’éducation populaire. J’avais juste envie ce matin de vous dire qu’il existe autour de ce concept et ces pratiques un vivier, un potentiel immense pour changer nos vies.

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Photo : Photothèque du Mouvement social